LA VISION DES FEMMES DANS LES SPORTS DE GLISSE : PAULIANA LAFFABRIER, RIDEUSE SKATE ET FONDATRICE DE BAD ASS SKATEBOARDS

portrait CPH
Pauliana Laffabrier

Dans le contexte actuel, qui situe la femme au centre de toutes les discussions, il m’est paru évident d’aborder la place des femmes dans les sports de glisse. Un sujet qui me paraît incontournable et qui sera abordé avec divers profils, à travers le regard de plusieurs sportives de haut niveau.

Pour commencer, une personnalité fraîche et inspirante a suscité mon intérêt. Celle de Pauliana Laffabrier, l’une des skateuses françaises les plus en place de la discipline.

Du haut de ses 26 ans, Pauliana a déjà un sacré palmarès à son actif. Deux fois championne de France en Bowl et une fois en rampe, elle s’est évidemment imposée comme l’une des meilleures françaises. Après avoir prouvé sa détermination et affirmé son style, elle a été signée par cOLLAPSe Skateboards, DC Skateboarding, Obey et Savate Skate Socks et a été sélectionnée par l’Équipe de France pour participer aux compétitions internationales et à plus long terme, aux Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020.

Pauliana - Fs smith - Barcelone
Pauliana Laffabrier – Fs smith @ Barcelone

Passionnée et investie, Pauliana est un membre actif de la scène française. Elle n’est autre que la fondatrice de la première marque de skate féminine : Bad Ass Skateboard. Une marque avec laquelle elle véhicule une image très positive pour les jeunes, cette nouvelle génération qu’elle accompagne, en sponsorisant notamment 5 filles très prometteuses.

Je vous laisse maintenant découvrir son interview, dans laquelle elle nous donne son point de vue, à travers son parcours et ses expériences !

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Oh Bim : Bonjour Pauliana, merci de répondre à nos questions !
Pour commencer, pourrais-tu nous dire ce qui t’a intéressé dans le skate et comment tu t’y es mise ?
Pauliana : Cela fait environ 10 ans que j’ai commencé le skate. J’ai débuté à 16 ans, par faire du street dans une petite ville a 1h de Bordeaux. On n’avait malheureusement pas de park, du coup je skatais avec une bande de potes sur une place. Je me suis fait pas mal d’entorses aux chevilles, j’ai arrêté un peu plus d’un an et en 2010, j’ai découvert le bowl, la courbe, les rampes, etc., quand je me suis installée à Bordeaux, et depuis, c’est une grande histoire d’amour !

Disons qu’il y a une multitude de sensations. Bien sûr, le sentiment de liberté, autant sur le fait de se déplacer ou l’on veut, mais aussi sur le choix des figures que l’on apprend. En bowl, la sensation de vitesse me plait énormément. Lorsque je suis sur ma planche, cela me permet de me vider la tête et évacuer toutes les énergies négatives que l’on peut accumuler au fil des jours…

« Le skate est un médicament »

Que représente le skate pour toi ?
Je pense l’avoir déjà bien résumé dans ma réponse précédente. C’est avant tout un sentiment de liberté, une énorme sphère et communauté partout dans le monde, qui partage la même passion. Le skate est un médicament. Quand ça ne va pas trop, par exemple, c’est important pour moi d’aller skater, et paradoxalement, parfois cela fait du bien de tomber, de voir que ça peut être une peur, mais qu’on s’en relève et que le plus important, c’est de réussir les figures qu’on souhaite !

C’est un milieu dans lequel on retrouve de plus en plus de filles, mais quelle a été la réaction des mecs, quand ils t’ont vu arriver, pour la première fois, avec ta planche sur un skatepark ?
Alors, je pense que j’ai pu vivre toutes les réactions possibles et inimaginables. De l’enfant qui me demande pourquoi est-ce que je suis une fille et pourquoi je ride, au mec hyper content de voir une fille s’acharner pour rentrer sa figure et du coup qui est encourageant, et aux remarques un peu sexistes et machos, comme tout le monde subit dans notre société.

Bien-sur, il y a des gens qui n’ont pas été agréables, mais il faut savoir les ignorer et passer au-dessus de tout ça. Le plus important, c’est les retours positifs, et avant tout de prendre du plaisir !

As-tu connu certains freins dans ton évolution, du fait que tu sois une fille, ou ça t’as plutôt aidé ?
Après réflexion, le plus grand frein a été de ne pas avoir de skatepark les 5 premières années, quand j’ai débuté. J’allais parfois à Bordeaux, mais j’étais impressionnée par ce park, qui était immense pour moi… Je me suis pas mal blessée aux chevilles, et j’ai surtout mal soigné mes entorses. Ça me suit encore maintenant…

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Pauliana Laffabrier © cOLLAPSe Skateboards

Selon toi, est-il plus difficile de passer Pro en étant une fille ?
Je pense que, petit à petit, la vision du skate féminin est en train de changer. Les magazines font l’effort d’accorder de l’importance aux filles avec quelques parutions et interviews, de plus en plus de compétitions sont dédiées aux filles en France, les sponsors jouent aussi le jeu. C’est grâce a tous ces moyens que le skateboard évolue et c’est ça le principal.

Après, il ne faut pas se cacher que l’on vit dans une société un peu misogyne, mais ça ne concerne pas que le sport, loin de là !

Pour répondre réellement à la question, c’est certain que c’est bien plus compliqué d’être Pro en étant une fille. Peu de skateurs le sont, mais tôt ou tard, ça évolue. Rien que cette année Lizzie Armanto, Nora Vasconcellos, Mariah Duran, et j’en passe, sont passées Pro ! Le plus dur dans le skate est de trouver des sponsors qui offrent un contrat…

Que penses-tu du niveau des filles, en France, et dans le monde ?
La scène skate, en France, se développe tranquillement, mais s’intensifie depuis quelques années. Il y a de plus en plus de jeunes qui s’y mettent tôt. Dans quelques années, j’espère que toutes celles qui skatent déjà maintenant auront continué et bien progressé. C’est souvent le problème, les jeunes arrêtent à un moment donné, pour cause de blessure, stagnation de niveau ou détachement du sport… Ça motivera de plus en plus de filles de voir que cette scène évolue.

Il y a, parallèlement, une intensification du skateboard dans les clips vidéo, publicités, magazines, etc., en France. Le constat est dur à établir, car il y a très peu de pratiquantes, mais aux Etats-Unis, cela fait quelques années que des petites de 7/8 ans ont le même niveau que des amatrices américaines de 16 ans. Je pense que la nouvelle génération de rideuses qui vont arriver d’ici 3-4 ans changera vraiment les choses.

« Chaque rideuse déchire ! »

Quelles sont les rideuses qui t’on inspirées, qui te donnent envie de te dépasser ?
Incontestablement Lizzie Armanto, j’admire autant son style, son skate que sa personnalité !
Nora Vasconcellos et Yndiara Asp défoncent tout, avec leurs styles de skate, bien à elles !
Niveau street, sinon, j’aime beaucoup Lacey Baker et Josie Millard !

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Tu as créé ta marque, Bad Ass Skateboards. Que souhaites-tu véhiculer avec cette marque ?
J’aimerais déjà qu’on se dise qu’il y a enfin, en France, une marque de skateboard féminine ! L’idée principale est de motiver les plus jeunes, qu’elles aient des repères et s’identifient aux filles de la team, parce qu’elles aussi sont toutes jeunes, voir mineures !

Puis Bad Ass, ça veut tout dire ! Chaque rideuse est Bad Ass. Déjà, parce qu’elle y va, c’est pas donné à tout le monde de faire du skate, donc chaque rideuse déchire ! Puis il y a le petit jeu de mot avec Ass, l’émoji pêche, faut pas se le cacher, on est tous fan de jolis fessiers, et en plus sur roulettes…

Pourrais-tu nous présenter les filles de ton team ?
À ce jour, elles sont cinq. Alix Malnati, tout jeune majeure, qui ride sur Paris et qui est plutôt polyvalente. Elle a rarement peur, elle se balargue et ça porte ses fruits !

Ensuite, il y a Louise Crespin. Elle n’a que 16 ans, peu d’années de skate derrière elle et déjà un bon bagage. Elle est moins technique que le reste de la team, mais a un bon style. Elle fait du surf, plutôt bien même, et d’ici quelques années, ça promet !

La seconde mineure, c’est Jéromine Louvet, qui ride sur Toulouse depuis qu’elle est toute petite, et pour le coup ca se voit dans son skate… Très technique et polyvalente, elle est Championne de France en bowl cette année et je pense que ca ne va pas s’arrêter là !

La doyenne de la team, c’est Jeanne Duval, une jeune Nantaise. Son truc, c’est le street et elle ride avec classe ! Elle a son style et c’est ce qui la caractérise. Elle aime aussi beaucoup les chats, comme moi, haha…

Et donc, la dernière rideuse, c’est Shani Bru, ma petite protégée… On ride en général ensemble sur Bordeaux. Shani a la particularité d’avoir une certaine grâce quand elle skate. Elle est très persévérante, ride quasiment tout les jours et ca paie ! Elle progresse à chaque fois que je la voie !

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Shani Bru

Selon toi, qui sont les 3 rideuses à suivre de près ?
C’est compliqué d’en choisir que trois… En France, je dirais Jéromine Louvet, Dune Kerisit et Madeleine Larcheron.

Pour finir, quels sont les conseils que tu pourrais apporter à une fille qui souhaite se lancer ?
L’une des choses les plus importantes, c’est de ne pas faire attention aux regards des autres, a ceux qui peuvent vous juger facilement ou ceux qui essaient de dire que c’est pas pour les filles de faire du skateboard par exemple. Chacun fait ce qu’il a envie dans la vie.

Ensuite, pour passer le cap d’aller sur un skatepark et oser y rouler, le plus facile est d’y aller avec des potes, ou avec des filles qui skatent aussi, mais ca, c’est pas facile… Faut surtout se dire qu’on est tous passés par la phase d’apprentissage, à galérer pendant des heures, à réussir à sauter une board en ollie, ou faire ses premiers flips, alors faut pas avoir honte. Et les (vrais) skateurs préfèrent quelqu’un qui s’acharne pendant des heures à faire son tricks, que quelqu’un qui s’apitoie sur son sort, parce qu’il n’y arrive pas ! Faut toujours trouver le juste-milieu mais l’idée est là !

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Merci à Pauliana pour ces belles réponses, mais également pour son investissement sur la scène française ! Une personnalité très inspirante, qui donne envie de partir tout de suite, et de rouler !

Pour la suivre, c’est par ici !


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